Doit-on freiner l’élan de la Startup Nation ? 🏎️

Les startups réécrivent notre histoire, pour le meilleur comme pour le pire

🎧 Toujours et encore Purple Disco Machine 💜

Hello tout le monde !

Commençons par une bonne nouvelle : le printemps arrive ☀️ ! Cette newsletter vous est expédiée (encore) depuis le Cap Vert, mais c’est la dernière… Retour en France vendredi, après 3 mois de nomadisme ! (et comme toujours, excellent timing, revenir en plein confinement, qui dit mieux ?).

Cette semaine, j’ai voulu interroger l’influence des startups et de leur storytelling dans l’évolution de nos mentalités et de nos comportements. Je vous propose donc un petit plongeon dans l’univers Startup Nation, pour le meilleur, comme pour le pire 👀 Et pour enrichir la réflexion, je vous propose de (ré)écouter l’épisode de la semaine précédente avec le détonnant Geoffrey Dulac, qui ne manque pas de billes sur le sujet ! Je vous laisse découvrir tout ça et j’attends vos réactions, impressions, retours, avis, opinions enflammées… avec BEAUCOUP d’enthousiasme, le sujet m’étant cher ⚡

Bonne lecture !

Noémie


L’événement de la semaine

  • Pour celles et ceux qui auraient loupé la première édition en Janvier, bonne nouvelle ! Après le succès de son premier webinaire, Julien, mon associé sur le projet Community Factory, partage ses apprentissages sur les leviers psychologiques pour développer et engager sa communauté. Un ensemble d’insights intéressants à connaître, quel que soit votre niveau d’expertise sur le sujet, et quel que soit le niveau de maturité de votre communauté.

Par ici pour les inscriptions ! 👯‍♀️

Brain Food

  • Bye bye l’obsolescence programmée ? Depuis Janvier 2021, les vendeurs d’équipements électroniques (smartphones, ordinateurs, téléviseurs…) sont tenus d’afficher à côté de leurs prix un indice de réparabilité. Doit-on y voir un graaaaaand pas vers plus durabilité dans les produits que nous consommons ? Petit bémol pour l’instant, l’indice de réparabilité est auto-déclaré par le fabriquant, il n’existe donc pas de standard sur le marché. Sans grande surprise, les produits Apple récoltent tout de même des notes entre 4 et 7 sur 10.

  • Éthique et Intelligence Artificielle. De la reconnaissance faciale aux décisions juridique, cet excellent article du New York Times questionne l’aspect éthique de l’IA - et interroge sur les structures de responsabilité collective à mettre en place pour lutter contre des biais toujours plus forts dans l’Intelligence Artificielle.

  • Échapper au burnout du créateur. Un témoignage de Matt d’Avella sur le burnout des créateurs et sur l’importance de trouver un équilibre, même quand la vie professionnelle et vie personnelle convergent, pour rester productif et créatif sur le long terme.

  • Le s streamers solitaires. Une enquête du Monde sur les méandres de Twitch et sur le quotidien solitaire des milliers de streamers qui se produisent chaque jour devant des audiences se comptant généralement sur les doigts d’une main. Une bonne manière de réaliser que seul un infime pourcentage des créateurs réussissent à se construire de larges audiences.

Le coin des robots

  • Les robots arrivent et ils veulent votre job. Cet article signé par le New York Times repositionne le curseur du grand débat de l’automatisation sur les jobs des cols blancs, et sur les ajustements nécessaires pour protéger les nombreux emplois menacés.

  • Black Mirror dans la vraie vie. En parlant de robots diaboliques, vous aviez vu l’épisode 5 de la saison 4 de Black Mirror, Metalhead ? Si oui, vous vous souvenez peut être de l’histoire : une femme isolée dans un monde post-apocalyptique, traquée pendant des heures par un robot-chien ULTRA FLIPPANT. Eh bien grâce au MIT, nous ne sommes plus si loin de cette réalité : j’ai vu passer il y a quelques semaines une vidéo d’un chien robotique de Boston Dynamics qui réalisait des exercices pour assister la police. Alors bon, déjà, l’usage de robots capables de blesser sévèrement des humains par la police, c’est limite. Mais en plus, quand on compare ledit chien robotique à celui de la dystopie Black Mirror :

Ça y est, vous flippez ?

Le coin musique

  • Voyagez depuis votre canapé. Découverte via l’excellentissime newsletter des copains de Tech Trash, cette carte interactive vous permet d’écouter les radios locales en live, n’importe où dans le monde ! Pro tip : je vous recommande d’aller faire un tour en Equateur. En revanche, évitez le Kirghizistan si vous n’êtes pas très techno. Merci Tech Trash <3

Note : cet article est certainement moins actionnable que d’habitude - la prochaine édition sera plus orientée Marketing ! Si vous préférez un format en particulier (ou si vous n’aimez pas du tout celui-ci, dites-le moi dans le formulaire en fin de newsletter, ça m’aidera à améliorer la suite ! 🙏)

Doit-on freiner l’élan de la Startup Nation ?

👉 Il y a 20 ans, le statut d’entrepreneur était loin d’être glamour, et entreprendre était une action risquée, en marge de la norme sociale.

Aujourd’hui, on compte en France plus d’1 million d’auto-entrepreneurs.

👉 Il y a 15 ans, on attendait patiemment avec une petite musique la connection de son modem pour discuter avec ses amis sur MSN.

Aujourd’hui, nous passons en moyenne 4 heures par jour sur nos smartphones et nous sommes devenus intolérants à la moindre défaillance de la 4G.

👉 Il y a 5 ans, on faisait enfin passer le glyphosate, utilisé dans le fameux produit Roundup de Monsanto, comme “probablement cancérogène”, après des décennies d’utilisation.

Aujourd’hui, l’application Yuka a été téléchargée 15 millions de fois et a contraint certains géants de l’agroalimentaire à revoir la composition de leurs produits.

👉 L’an dernier, l’application Houseparty connaissait un succès fulgurant, atteignant parfois plusieurs millions de téléchargements par semaine.

Aujourd’hui, c’est sur Clubhouse que se massent les nouveaux ‘influenceurs business’.

Tout va toujours plus VITE. Nouveaux usages, nouvelles tendances, nouveaux codes… Les changements et innovations, que leur impact soit limité à de petits groupes ou qu’il touche un large pan de la population, sont d’une rapidité qui donne le tournis. Et plus il sont rapides, moins nous avons le temps de questionner les conséquences qu’ils amènent sur le moyen et le long terme.

J’évolue dans l’univers tech depuis la fin de mes études - après des jobs en startup à San Francisco et à Paris, j’ai aussi travaillé un temps dans un accélérateur parisien. Et même si je suis convaincue que la tech et les startups peuvent amener beaucoup d’innovation, de progrès et de confort, je vous avoue que plus le temps passe, plus je suis inquiète.

Et ce pour une raison simple : sous couvert de progrès et d’innovation, nous avons construit des systèmes et des outils qui nous dépassent, et dont nous n’avons plus (ou peu) le contrôle. Et aujourd’hui, il serait peut être un peu temps de remettre à plat les valeurs et les normes socio-économiques que la Startup Nation a lentement (mais sûrement) imposées parmi nous.

Questionner la notion de progrès

J’ai été extrêmement marquée par une (longue) réflexion de Haley Nahman dans sa newsletter Maybe Baby, relative à la notion de progrès. Attention, on s’accroche, c’est un peu dense, mais incroyablement riche :

There is a pervasive belief in modern society, at least among capitalists, that technology can solve everything, or that more technology is always better than less. Baked into this belief is an entire value system: that what technology offers—ease, speed, efficiency, autonomy, digital experiences—is always better than the opposite: friction, slowness, inefficiency, interdependence, analog. This is not remotely a novel observation—books have been written on this, and nostalgia for a world more firmly rooted in the physical is basically a tentpole of modern life. But tech’s reach, even if we resent it, has become so ubiquitous that most of us have absorbed its priorities.
In a book I’m reading called Do What You Love by Miya Tokumitsu, she writes that many of the tropes of modern work, like “do what you love,” are imbued with false promises of upward mobility that simply don’t exist for most people. […] Go-getterism, then, is just another idea sold to us as individually empowering that merely maintains our complacency: as long as we think it’s our fault, we can’t complain. This is exactly why I’ve stopped placing faith in noble entrepreneurs and philanthropists and started placing it in collective action. Which isn’t to say we can’t try to address the issues individually—deprioritize productivity, invite more interdependence, prioritize process over execution. But as long as society is run on profits and governed by austerity, human-centered solutions will never flourish for the collective.

Ce témoignage est d’une justesse incroyable 🙏 Car il ose poser une question qui dérange un peu : nos croyances aujourd’hui sont-elles réellement valides, notamment en ce qui concerne l’innovation, le progrès, et tous les bienfaits de la technologie ?

Il me semble important, plus que jamais, de mettre un énorme point d’interrogation sur ces croyances, car elles ont été subtilement intégrées dans notre quotidien par les startups, à travers un storytelling bien ficelé. Et au-delà des nouvelles valeurs cardinales de vitesse, de productivité et de croissance exponentielle, qui nous avons tous plus ou moins adoptées, l’influence des startups va beaucoup plus loin.

Culture, modes de vie, modes de travail, aspirations personnelles et professionnelles, nouveaux modèles économiques, nouveaux leviers d’influence, micro-communautés… Ce sont des chapitres entiers de notre société et de notre culture qui ont été réécrits au fil des ans, sous l’impulsion des entreprises tech, capables de cibler, d’analyser et de traquer efficacement des segments précis d’utilisateurs. Et en conséquent, de leur pousser des messages ciblés et de les influencer plus efficacement.

Il existe des centaines de cas d’usage pour comprendre l’impact direct des startups sur notre quotidien (la politique, la culture, la diversité, …) - j’ai choisi de me concentrer sur trois d’entre eux : notre rapport au travail, notre rapport aux autres, et notre rapport à nous-mêmes.

Quand le storytelling des startups a des conséquences néfastes sur les individus

Il réécrit le rapport au travail

Bosser en startup, avec des gens jeunes, motivés, ambitieux - conquérir le monde, révolutionner une industrie ou un marché… Autant de promesses séduisantes, que la plupart des jeunes pousses mettent en avant dans leur communication et leurs processus de recrutement.

Mais derrière les perks et la cool culture, se cache parfois une réalité brutale : discrimination, harcèlement, surcharge de travail, violences verbales… Lorsque l’on consulte le compte instagram balance ta startup, les coulisses de la startup nation ne sont pas reluisantes.

“Ici on bosse beaucoup, on ne lâche rien. Les horaires sont longues, mais on est comme une famille et on est tous passionnés par ce qu’on fait” - un exemple de phrase anodine, mais ultra pernicieuse, qu’on peut entendre dans beaucoup de startups. Petit à petit, à travers une culture de l’accomplissement et une valorisation des employés les plus engagés, les startups ont rendue l’idée d’une semaine de 35 heures quasi-obsolète.

“Lancer sa boîte, c’est une expérience incroyable tu vas voir - bon par contre, tu peux dire adieu à ta vie sociale et romantique” - idem du côté des wannabe-entrepreneurs : dans la Startup Nation, c’est tout ou rien. Si vous ne frôlez pas le burnout en permanence, c’est forcément que vous n’en faites pas assez.

Par ailleurs, dans la Startup Nation, on a beau dire ce qu’on veut, il me semble indéniable qu’il y a aussi un vaste conformisme social : style vestimentaire, rapport à la culture (livres, films culte), idéologie, parcours scolaires et expériences professionnelles, loisirs (bonjour le kite, les weekends au vert, les tours du monde)… Je caricature bien sûr (et je ne déroge pas à la règle sur un paquet de ces clichés), mais la vérité est là : sous couvert de défendre l’inclusivité, le bien commun et la diversité, les startups véhiculent elles aussi un ensemble de ‘normes’, que nous sommes toujours plus à adopter.

Il réécrit le rapport aux autres

Les applications de communication et les réseaux sociaux nous ont rendus fondamentalement impatients : à force d’avoir l’intégralité de notre réseau à portée de main via Whatsapp, Messenger, Snap, Insta, TikTok…, nous finissons par en oublier de prendre le temps de profiter des gens. Combien de fois ai-je vu des couples au restaurant ou des groupes d’amis qui ne se parlent pas, et qui ont le nez collé sur leur téléphone ? De mon côté, dès que je prends un verre ou un café, je dois lutter contre le besoin presque viscéral de regarder si j’ai reçu des messages - au risque de vexer la personne en face de moi. Nous sommes devenus complètement accro à nos écrans, et parfois, cette addiction impacte négativement notre rapport à nos amis, à notre famille.

Du côté du dating, c’est pareil : je ne remets pas en cause l’efficacité de Tinder & consorts, qui ont tout de même donné naissance à des couples heureux, mais je trouve fondamentalement dérangeante la notion de valider (ou non) une personne sur la simple base d’une photo. Les applis de dating ont contribué à transformer la rencontre romantique en une ‘transaction’, une approche basée sur le volume et la maximisation de la ‘conversion’ (si je parle à 10 personnes, j’ai plus de chance qu’une d’entre elles accepte d’aller prendre un verre), plutôt que sur l’intuition et la spontanéité.

Il réécrit le rapport à soi

Sur les réseaux sociaux, aujourd’hui, on vit sa best life. Vacances de rêve dans des paradis tropicaux, escapade à la campagne, soirée branchée (oui je suis vieille, j’utilise le mot ‘branché’)… Il est de mise de ne publier que les aspects reluisants de votre vie, parce que de toute manière, personne n’a envie de voir une photo de vous avachi dans votre canap’ devant Netflix, à manger des sushi. Les réseaux sociaux nous permettent (et nous forcent, par conformisme social), à appliquer un filtre sur nos vies.

Mais derrière les filtres, notre réalité est toujours là. Et à force d’être exposée à des standards de beauté, de mode de vie, de succès qui sont complètement démesurés et amplifiés, l’estime de soi en prend un coup. En 2017, Instagram était voté ‘pire réseau social pour la santé mentale’ et 60% des gens utilisant les réseaux sociaux déclaraient être impactés négativement par ceux-ci.

BONUS pépite : en 2014, je me suis auto-diagnostiquée victime de la FOMO (Fear of Missing Out) - et j’ai fait une mini-conférence sur le sujet :

En 2021, je serais prête à parier que 80% ou plus de la population est désormais victime de cette “maladie digitale” induite par les réseaux sociaux et qui peut avoir des conséquences désastreuses sure notre santé mentale.

Mais les startups font aussi bouger les lignes dans le bon sens

Bon - maintenant que je vous ai dressé un portait absolument diabolisant et catastrophique de la Startup Nation, faisons une petite pause.

Il y a aussi du très bon, et même de l’excellent, dans les actions des startups !

La plupart des entrepreneurs se lancent avec l’ambition de résoudre un problème, après tout. Et de nombreuses entreprises génèrent un véritable mieux-être, un impact positif : éducation, mobilité, santé, cybersécurité, agriculture, … Le champ du progrès est vaste (même si ce mot est à prendre avec des pincettes).

Mais voilà, le problème, c’est que comme tout va vite, et que souvent, les startups sont mises sous la pression des objectifs de revenus et de performance de leurs investisseurs, très rapidement, les valeurs et les ambitions d’impact positif sont mises de côté, au profit de la rentabilité et de la croissance.

Comme dit l’adage :

The road to hell is paved with good intentions

Et souvent, c’est une minorité silencieuse qui subit le contre-coup des actions des startups :

  • Les travailleurs de la gig economy, livreurs Delivroo, chauffeurs Uber… Placés dans une situation de précarité énorme, à cause de la politique tarifaire des plateformes qui les ‘embauchent’

  • Les modérateurs Facebook, qui sont payés pour censurer le contenu choquant publié sur la plateforme et visionnent des horreurs chaque jour (pornographie, violence,…), jusqu’au point de développer des traumatismes et des troubles de la personnalité

Ces deux exemples parmi tant d’autres l’illustrent bien : la résolution du pain point d’un segment démographique particulier peut avoir des conséquences catastrophiques sur d’autres.

Et au final, malgré leur storytelling, leurs valeurs, leur vision et leurs ambitions, les startups peuvent faire des dégâts sur leur passage, souvent par maladresse ou par manque de recul.

Alors comment faire en sorte d’avancer de manière plus réfléchie, plus inclusive et plus éthique ? C’est un énorme enjeu pour les entrepreneurs désormais, et une lourde responsabilité.

Mais bonne nouvelle : notre génération a déjà commencé à réagir. Et de plus en plus, les marques doivent rendre des comptes à leurs clients, et assumer leurs actions - sur le court terme comme sur le long terme.

Avancer ensemble plutôt qu’individuellement

Deux grandes tendances me remplissent d’optimisme ces derniers temps, car elles semblent illustrer une prise de conscience de la part des consommateurs

  • Les B Corp, ces entreprises qui s’engagent à répondre à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance et de transparence envers le public (et non plus uniquement leurs investisseurs). 

  • Les micro-communautés : de plus en plus diverses, engagées et organisées, les communautés de petite taille qui se fédèrent autour d’un ensemble de valeurs, d’une identité, d’un objectif… contribuent à influencer la roadmap des marques et à remettre plus de co-construction dans leur approche.

  • L’open innovation : notion découverte lors de mes années à travailler chez l’accélérateur de startups NUMA, la collaboration sur des projets innovants entre startups, grandes entreprises et institutions (villes) permet de créer des innovations qui cumulent le meilleur des trois mondes.

Autant de pistes qui méritent d’être creusées et de prendre plus de place au sein de notre écosystème tech.

L’article ci-dessus a été amplement inspiré par la conversation de la semaine dernière dans le podcast, avec Geoffrey Dulac.

Dans cet épisode au format un peu particulier, qui s’attarde plus sur des tendances de fond que sur des techniques marketing actionnables, on a eu envie de questionner l’avènement et l’hégémonie des startups. Pour rappeler que comme pour tout, sur la planète entrepreneurs, il y a du très bon, comme du très mauvais ! L’essentiel étant de définir et de maintenir des valeurs, des ambitions et une culture fortes, pour grandir et développer le rayonnement de sa marque, en interne comme en externe. 

Plongez dans la Startup Nation 👀

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D’ici-là, je vous donne rdv dans deux semaines pour la prochaine édition !