Les experts auront-ils encore leur place dans le monde de demain ? 🔎

Adieu les experts, bonjour les gĂ©nĂ©ralistes et la stratĂ©gie de l'Ă©ponge đŸ§œ

🎧 Passion Purple Disco Machine 💜

Hello les ami.e.s,

Le mois de fĂ©vrier aura Ă©tĂ© sacrĂ©ment Ă©trange, c’est le moins qu’on puisse dire. Entre froid glacial et tempĂ©ratures d’étĂ©, situation sanitaire dĂ©gradĂ©e, explosion de la tendance des “goĂ»ters apĂ©ro” du dimanche, on a presque l’impression d’entrer dans rĂ©alitĂ© parallĂšle ! La chouette newsletter Stay Hungry le rĂ©sume plutĂŽt bien dans son calendrier original :

Du cĂŽtĂ© de The Storyline, cette newsletter vous est toujours envoyĂ©e depuis l’üle de Sal, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a plus de vols pour rentrer en France 😅 Je suis donc Cap Verdienne d’adoption pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e.

Pour ce qui est de cette Ă©dition, elle est nĂ©e d’un questionnement qui me hante depuis quelques temps : comment l’expertise et la lĂ©gitimitĂ© sur un sujet sont-elles construites aujourd’hui, alors que nous construisons des carriĂšres de moins en moins linĂ©aires, et que la concurrence est de plus en plus rude en termes de positionnement ? Jai pour ma part dĂ©veloppĂ© deux stratĂ©gies pour valoriser mon profil et le faire reconnaĂźtre sur un domaine d’expertise, tout en restant trĂšs polyvalente - je vous partage tout ça dans l’article original 🙂

J’espĂšre que la rĂ©flexion vous plaira !

Noémie


Pour les podcasteurs en herbe

Si vous avez choisi le podcast comme vecteur de dĂ©veloppement professionnel, bonne nouvelle : Anne-Claire, la fondatrice d’Eeko Factory, lance la troisiĂšme Ă©dition de PUZZLE, sa formation d’accompagnement pour faire dĂ©coller son podcast et dĂ©velopper des interactions fortes avec son audience. J’ai le plaisir de faire partie des intervenants ayant contribuĂ© au programme đŸŽ™ïž

Si vous avez envie de passer à la vitesse supérieure avec votre podcast, vous pouvez commencer par

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Brain Food

  • L’heure du bilan ⏰ En 1995, du haut de ses 31 ans, Jeffrey Bezos lançait Amazon, la “plus grande librairie du monde”. Aujourd’hui, l’annonce de sa dĂ©mission de son poste de CEO a fait couler de l’encre, et ouvre le dĂ©bat sur ses accomplissements. Le magazine Quartz a demandĂ© Ă  11 experts de dĂ©finir l’hĂ©ritage de Bezos.

  • Covid 1 - 0 Rihanna đŸ„Š AprĂšs 2 ans d’existence, la marque de luxe Fenty, co-crĂ©Ă©e par Rihanna et LVMH, met la clĂ© sous la porte. Les deux autres marques de Rihanna, Savage x Fenty (lingerie) et Fenty Beauty (cosmĂ©tiques) continueront quand Ă  elles leurs activitĂ©s. Bien que la pandĂ©mie y soit pour beaucoup, peut-ĂȘtre peut-on aussi y voir le signe que le marketing d’influence et que les marques co-crĂ©Ă©es par des cĂ©lĂ©britĂ©s sont plus destinĂ©es au retail qu’au luxe ? Les stars sont nombreuses Ă  avoir lancĂ© des parfums signature (Jennifer Lopez, Britney Spears, Christina Aguilera, Ariana Grande, Sarah Jessica Parker,
), des lignes de cosmĂ©tiques (Lady Gaga, Kim Kardashian, Kylie Jenner, Millie Bobby Brown,
) ou encore des produits de grande conso (The Honest Company de Jessica Alba), mais rares sont celles qui ont rĂ©ussi Ă  percer dans l’univers du luxe.

  • L’empreinte carbone des rĂ©seaux sociaux une infographie comparant les principaux rĂ©seaux et l’emission de CO2 estimĂ©e pour une minute d’utilisation de chacun d’entre eux.

  • Linkedin entre dans le game 👊 Concurrence sĂ©rieuse pour Malt, Comet, CrĂšme & les agences de recrutement ? Linkedin se positionne officiellement sur le marchĂ© avec Marketplaces, une plateforme de mise en relation entre clients et freelances.


La minute détente


Le coin nature

Qui a dit que nature et progrÚs étaient inconciliables ? Deux articles qui laissent songeur (ou complÚtement flippé.e) :

  • Moisissure connectĂ©e 🩠 Il paraĂźt que la moisissure peut stocker des souvenirs malgrĂ© son absence de systĂšme nerveux. Les scientifiques envisagent donc d’essayer de crĂ©er un mĂ©canisme synthĂ©tique pour construire un matĂ©riau intelligent.

  • Poissons lune 🐟 Sinon, du cĂŽtĂ© de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), on est sur un autre niveau de dĂ©lire : un groupe de chercheurs a pour ambition de crĂ©er des fermes piscicoles sur la lune (oui, oui). Certains oeufs de poisson seraient en effet capables de rĂ©sister Ă  un alunissage. En file de tĂȘte des candidats : le bar. C’est Elon Musk qui doit ĂȘtre content.

La mort programmĂ©e de l’expertise ?

La semaine derniĂšre, je publiais le dernier Ă©pisode en date du podcast avec Samuel Durand, dont j’admire Ă©normĂ©ment le travail et l’énergie. Et l’une de ses idĂ©es, partagĂ©es durant l’enregistrement, tourne en boucle dans ma tĂȘte depuis :

“Il y a une Ă©poque oĂč des boĂźtes me contactaient pour venir faire une confĂ©rence sur les pratiques de demain en termes de management. Et je me disais – pourquoi moi ? Qu’est-ce qu’ils vont apprendre d’un type qui n’a jamais Ă©tĂ© manager, n’a jamais managĂ© personne, ça n’a pas trop de sens
 

Et puis, je me suis rendu compte que ma force, c’était de dire, “Je suis allĂ© partout dans le monde voir ce qui fonctionnait, et comme une Ă©ponge j’ai absorbĂ© tout ça. Et puis, comme une Ă©ponge qu’on presse, je vais le restituer d’une autre façon.”

J’ai compris que je n’allais pas rivaliser avec des mecs qui ont 40 ans d’expĂ©rience et des confĂ©renciers travaillant depuis des annĂ©es sur ces sujets-lĂ . J’avais un positionnement qui Ă©tait un petit peu diffĂ©rent. Puis, j’ai commencĂ© Ă  mettre en avant le fait que c’étaient mes projets et cette diversitĂ© des expĂ©riences rencontrĂ©es que je pouvais partager, qui eux allaient apporter de la valeur.”

Avec un peu de recul et aprĂšs avoir pris le temps de digĂ©rer cette idĂ©e, je trouve qu’elle est d’une richesse inouĂŻe, sous plusieurs aspects :

  • D’une part, elle annonce pour moi la fin d’une Ăšre professionnelle durant laquelle seule l’expertise (et donc une forme de sĂ©nioritĂ© sur les sujets) Ă©tait rĂ©ellement reconnue et rĂ©compensĂ©e. Ouvrant aujourd’hui la voie Ă  toute une flopĂ©e de profils crĂ©atifs, gĂ©nĂ©ralistes et juniors.

  • D’autre part, elle offre une excellente piste de rĂ©flexion stratĂ©gique sur la maniĂšre dont chacun peut positionner son profil et dĂ©velopper sa notoriĂ©tĂ©, mĂȘme dans un champ d’expertise dĂ©jĂ  bien saturĂ© (Samuel est rapidement devenu visible sur le trĂšs populaire sujet du future of work, et aujourd’hui il signe des tribunes dans HBR, Forbes, Maddyness
 Le tout grĂące Ă  sa stratĂ©gie de l’éponge !)

Et cette idĂ©e m’a posĂ© un questionnement. Hier, nos sociĂ©tĂ©s Ă©rigeaient le modĂšle de l'expert en exemple Ă  suivre et modĂšle d'aspiration. Aujourd'hui, les lignes bougent et les profils gĂ©nĂ©ralistes sont de plus en plus valorisĂ©s. Demain, que va-t-il se passer ?

  • Allons-nous dĂ©lĂ©guer toute l'expertise humaine aux machines ?

  • Quelle sera la norme en termes de statut professionnel, d’activitĂ©s, de compĂ©tences
 ?

  • Comment, dans ce contexte, asseoir sa notoriĂ©tĂ© et se positionner sans expertise rĂ©elle sur un sujet ?

Spoiler alert : mĂȘme les cerveaux de l’UNESCO galĂšrent Ă  trouver la rĂ©ponse alors ne vous attendez pas Ă  ce que je le fasse 😅 Ceci dit, je vous partage Ă  la fin de cette rĂ©flexion deux grandes stratĂ©gies actionnables pour travailler votre visibilitĂ© et valoriser votre profil dans un monde gĂ©nĂ©raliste et concurrentiel.


‍Hier - le dĂ©veloppement et l’apogĂ©e de l’expertise

"To know ten thousand things, know one well."

C’est par cette maxime que Miyamoto Musashi, le plus cĂ©lĂšbre samouraĂŻ de l’histoire du Japon, exhortait ses disciples Ă   se concentrer sur l’apprentissage et la maĂźtrise d’une seule discipline Ă  la fois, plutĂŽt que de dĂ©multiplier leurs domaines d’études. L’important selon le maĂźtre bushido, Ă©tait de passer assez de temps Ă  dĂ©velopper la connaissance d’un art en s’y vouant corps et Ăąme, avant de pouvoir passer Ă  l’exploration d’un nouveau savoir. Cette vision de l’expertise, et cette idĂ©e que pour ĂȘtre reconnu comme “sachant” dans un domaine, l’homme doit y avoir dĂ©diĂ© des annĂ©es entiĂšres d’étude et de pratique, est ancrĂ©e dans la culture humaine depuis des millĂ©naires. D’ailleurs, plus largement, si on observe la structure de nos sociĂ©tĂ©s, elles semblent s’ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es en allant vers toujours plus de verticalisation, et en crĂ©ant des silos de connaissances, plaçant chaque individu dans un rĂŽle et une expertise bien prĂ©cis.

Dans son best-seller Sapiens, Yuval Noah Harari dĂ©crit d’ailleurs le dĂ©but de cette spĂ©cialisation verticale, qu’il qualifie de RĂ©volution Agricole. AprĂšs des milliers d’annĂ©es Ă  vivre en groupes nomades et Ă  se nourrir de la cueillette et de la chasse de diverses graines, baies, plantes et animaux, les hommes font un choix dĂ©cisif : celui de la sĂ©dentarisation et de la spĂ©cialisation dans la culture d’une cĂ©rĂ©ale principale. Nos ancĂȘtres deviennent ainsi experts dans la culture d’une petite poignĂ©e d’aliments. 

Et petit Ă  petit, nous construisons des structures de plus en plus complexes, des mĂ©tiers de plus en plus prĂ©cis : marchand, Ă©leveur, soldat, navigateur, politicien. Astronome, cartographe, mathĂ©maticien, astrophysicien, ouvrier. OstĂ©opathe, ingĂ©nieur, archĂ©ologue, biologiste, 
 la liste n’a pas de fin. Et graduellement, la connaissance humaine se dĂ©verse dans ces silos qui ne communiquent pas - ou peu - entre eux. Nous avons petit Ă  petit segmentĂ© le savoir, puis nous l’avons hiĂ©rarchisĂ© et valorisĂ© en fonction de plusieurs paramĂštres :

  • le type de savoir

  • son accessibilitĂ© intellectuelle

  • le niveau d’expĂ©rience de chaque individu dĂ©tenant ce savoir (la sacro-sainte SĂ©nioritĂ©)‍

Nous avons suite Ă  cela abouti sur le concept de carriĂšre : un ensemble d’étapes marquĂ©es par l’accumulation d’un certain nombre de savoirs bien prĂ©cis, et d’annĂ©es passĂ©es Ă  pratiquer et (thĂ©oriquement) Ă©largir ses connaissances.

Comme tout culte qui se respecte, les Ă©tapes de la carriĂšre d’un individu sont marquĂ©s par des rites de passage trĂšs codifiĂ©s, appelĂ©s “promotions” : une rĂ©compense financiĂšre et statutaire qui vient reconnaĂźtre le passage d’un niveau de connaissances et de maĂźtrise Ă  un autre, supĂ©rieur. C’est la gĂ©nĂ©ration des Baby Boomers, qui a portĂ© le concept de carriĂšre Ă  son apogĂ©e.

Aujourd’hui - l’expertise mise sous obsolescence programmĂ©e

De cette pĂ©riode, nous avons gardĂ© une organisation du monde du travail trĂšs codifiĂ©e. Le systĂšme Ă©ducatif qui forme les jeunes gĂ©nĂ©rations encourage Ă  la spĂ©cialisation, trĂšs tĂŽt. Dans les entreprises, on choisit sa branche, et sa spĂ©cialitĂ©, et on est encouragĂ© Ă  dĂ©velopper une expertise sur un sujet donnĂ©. On passe des annĂ©es sur les bancs d’une Ă©cole, pour absorber un ensemble de connaissances dont on utilisera seulement une infime portion au cours de sa vie.

Mais aujourd’hui, les lignes ont bougĂ©. Internet a permis un aplanissement du savoir, un partage des connaissances “horizontal”, Ă  l’échelle globale. Il suffit de taper quelques mots dans une barre de recherche pour avoir la rĂ©ponse dĂ©taillĂ©e Ă  n’importe quelle question que l’on se pose, pour avoir accĂšs Ă  n’importe quelle information.‍

De ce bouleversement, de nouveaux enjeux ont Ă©mergĂ© : il ne sert plus Ă  grand chose de passer du temps Ă  apprendre des informations par coeur - la vĂ©ritable valeur repose dans la capacitĂ© des individus Ă  faire le tri dans la masse de celles disponibles en ligne. Il ne s’agit plus de connaĂźtre ou de savoir, mais de savoir traiter l’information, la hiĂ©rarchiser, et juger de sa vĂ©racitĂ©. Nous nous Ă©loignons de l’expertise, pour nous rapprocher de la capacitĂ© de jugement et d’adaptation.

Sous l’impulsion du digital, une rĂ©organisation Ă©conomique et sociale s’est enclenchĂ©e. Des entreprises d’un nouveau type ont vu le jour, des structures plus agiles, dont les codes du travail sont radicalement opposĂ©s Ă  ceux des organisations traditionnelles. Dans ces nouvelles structures (startups, collectifs, 
), l’expertise n’est pas la compĂ©tence la plus valorisĂ©e. Au contraire, Ă©tant jeunes et flexibles, leur besoin est tout autre : elles recherchent des hommes et femmes Ă  tout faire, capables d’adaptabilitĂ©, de curiositĂ© et d’inventivitĂ©.

Ces individus, n’ont pas un profil spĂ©cialiste : au contraire, ce sont des gĂ©nĂ©ralistes. À l’instar des chasseurs-cueilleurs de Sapiens qui ont un jour Ă©tĂ© remplacĂ© par les fermiers sĂ©dentaires, la nouvelle gĂ©nĂ©ration de travailleurs se veut nomade (elle ne reste plus que quelques annĂ©es en moyenne dans la mĂȘme entreprise) et ne souhaite pas se dĂ©dier Ă  la pratique d’un mĂ©tier ou d’un poste unique au cours de sa carriĂšre professionnelle (comme l’illustre la grande tendance de la reconversion professionnelle que l’on observe actuellement).

Pour renforcer ce dĂ©samour de l’expertise et de la spĂ©cialisation qui semble caractĂ©riser les nouvelles gĂ©nĂ©rations, vient s’ajouter un facteur Ă©conomique : les compĂ©tences et les savoirs sont de plus en plus rapidement obsolĂštes, dans un contexte de dĂ©veloppement technologique accĂ©lĂ©rĂ©. Rien ne sert de se dĂ©vouer corps et Ăąme dans l’apprentissage d’une discipline pendant des annĂ©es comme le prĂ©conisait le samouraĂŻ Miyamoto Musashi, puisque de toute maniĂšre, cette discipline risque d’ĂȘtre rapidement remplacĂ©e par une nouvelle version optimisĂ©e. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le mĂ©tier de dĂ©veloppeur. Il y a seulement quatre ans, Google lançait son propre langage de dĂ©veloppement, Angular. Aujourd’hui, la capacitĂ© de dĂ©velopper en Angular est une des compĂ©tence les plus recherchĂ©es par les entreprises tech. Demain, qui sait quel langage radicalement diffĂ©rent sera dĂ©veloppĂ© et portĂ© aux nues. Tout cela dans des laps de temps trĂšs courts.

Dans ce contexte, peut-on questionner notre culte de l’expertise ? N’allons-nous pas au contraire vers un dĂ©veloppement et une valorisation de la polyvalence ? Il semble que notre gĂ©nĂ©ration soit caractĂ©risĂ©e par la trĂšs courte durĂ©e de vie des tendances auxquelles nous adhĂ©rons et des savoirs que nous partageons. Il n’est plus rĂ©ellement question de travailler ses connaissances de maniĂšre “verticale”,  mais plutĂŽt de dĂ©velopper sa capacitĂ© de comprĂ©hension et d’adaptation aux structures continuellement mouvantes au sein desquelles nous Ă©voluons.

‍Demain - l’expertise monopolisĂ©e par l’intelligence artificielle ?

Le savoir est donc dĂ©sormais transversal : il se dĂ©veloppe de maniĂšre verticale (par l’expĂ©rience) et de maniĂšre horizontale (par la polyvalence). Il est Ă©galement soumis Ă  un dernier facteur de taille : le dĂ©veloppement drastique de l’intelligence artificielle ces derniĂšres annĂ©es, qui va largement influencer les Ă©volutions des prochaines annĂ©es.

La capacitĂ© de prĂ©diction des algorithmes de plus en plus intelligents et l’automatisation des tĂąches rĂ©pĂ©titives et basiques rendent en ce moment-mĂȘme tout un pan de l’expertise humaine potentiellement obsolĂšte (du travail en usine Ă  la capacitĂ© de diagnostic mĂ©dical, tout en passant par des mĂ©tiers comme la comptabilitĂ©). Et ces exemples ne sont que les premiers d’une liste qui ne fera que croĂźtre.

Les machines ont une capacitĂ© de calcul, de stockage et de traitement de l’information largement supĂ©rieure Ă  la nĂŽtre. Par exemple, la vitesse de propagation des donnĂ©es via les neurones dans le cerveau humain est de 130 m/seconde. Celle des donnĂ©es via les circuits Ă©lectroniques dans l’ordinateur est de 300 000 000 m/seconde. De quoi donner des frissons 😹 Bien sĂ»r, ce chiffre ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme une infĂ©rioritĂ© de l’homme : il indique simplement une capacitĂ© de traitement supĂ©rieure de la machine, mais l’ordinateur n’est pas plus “intelligent” que l’humain pour autant. Il est simplement plus efficace dans le traitement d’un certain nombre de tĂąches.‍

Pour reprendre les mots du Dr. Luc Julia, pĂšre de Siri et dĂ©sormais VP Innovation chez Samsung, lors d’une interview donnĂ©e aux Echos : « C'est en comparant l'IA Ă  l'intelligence humaine qu'on s'aperçoit Ă  quel point l'IA se concentre sur un domaine d'activitĂ© et nĂ©glige le vĂ©cu, la sensibilitĂ©, l'assimilation d'expĂ©riences, en un mot, la multidisciplinaritĂ©. » L’IA n’est pas (ou du moins pas encore) capable de la polyvalence, de l’ “horizontalitĂ©â€ prĂ©cĂ©demment mentionnĂ©e : sa maniĂšre de raisonner est linĂ©aire et bien moins riche que celle d’un cerveau humain.

Contrairement Ă  ce que clament les publications sensationnalistes qui diabolisent l’intelligence artificielle, le changement profond que nous vivons actuellement n’est pas une fatalitĂ©. Il met simplement en lumiĂšre le besoin de rĂ©inventer notre palette de compĂ©tences : outre l’étude d’une discipline ou d’une spĂ©cialitĂ©, il nous faut nourrir notre libre arbitre, notre potentiel crĂ©atif, et surtout, notre curiositĂ© et notre adaptabilitĂ©. Ce sont ces traits, profondĂ©ment humains mais malheureusement longtemps bridĂ©s par des structures rigides, qui permettront Ă  la main d’oeuvre de demain de collaborer avec la machine plutĂŽt que d’en avoir peur et de la subir.

Ce qui m’amĂšne Ă  la nouvelle gĂ©nĂ©ration : les profils polyvalents. Mais le problĂšme, lorsque l’on est polyvalent, c’est de se positionner clairement. Comment ĂȘtre (re)connu sur un sujet lorsque l’on touche Ă  tout ? Comment affirmer sa lĂ©gitimitĂ© lorsque l’on n’a pas passĂ© des heures, des mois, des annĂ©es Ă  travailler sur une seule chose ?

Les stratégies de positionnement des profils polyvalents

J’ai pour ma part adoptĂ© deux stratĂ©gies de dĂ©veloppement pro (et perso) durant ces derniĂšres annĂ©es : celle de l’éponge, et celle du poisson-pilote - je vous les partage ci-dessous.

La stratĂ©gie de l’éponge đŸ§œ

J’ai trouvĂ© incroyable que Samuel parle du concept d’éponge durant notre enregistrement de The Storyline, parce que depuis de nombreuses annĂ©es dĂ©jĂ , c’est un terme que j’utilise pour dĂ©finir mon mode de fonctionnement. Que cela soit la dĂ©couverte d’une nouvelle discipline ou d’un nouveau sujet, je passe gĂ©nĂ©ralement de longues heures Ă  lire, Ă  creuser des idĂ©es connexes, Ă  parler avec des gens sachants, Ă  me perdre en ligne au grĂ© des articles, vidĂ©os et podcasts dĂ©couverts et consommĂ©s
 Bref, j’absorbe absolument tout, comme une Ă©ponge.

Et au fur et à mesure, les différentes idées, rencontres, notions grapillées à droite et à gauche macÚrent ensemble dans un coin de mon cerveau, et des connections nouvelles entre des sujets de premier abord trÚs différents se font naturellement.

Et une fois que mes idĂ©es se sont remises en place et que je me suis construit ma propre vision du sujet, alimentĂ©e par de nombreux points d’information et de nombreuses sources, il est temps de “presser” l’éponge, et de restituer le savoir accumulĂ©.

En quoi c’est utile ? Comme le rĂ©sume trĂšs bien Samuel, la valeur n’est pas uniquement dans l’expertise dĂ©sormais : elle est dans la capacitĂ© des individus Ă  faire de la curation et Ă  faire sens de l’ensemble des rencontres, idĂ©es et informations disponibles. C’est une excellente maniĂšre de s’approprier un sujet tout en dĂ©veloppant une pensĂ©e originale dessus. C’est d’ailleurs gĂ©nĂ©ralement ma mĂ©thode de fonctionnement lorsque j’écris les articles originaux de cette newsletter : absorption des informations, maturation et rĂ©flexion, puis restitution 😉

La stratĂ©gie du poisson-pilote 🐟

Si vous avez lu les prĂ©cĂ©dentes newsletters, vous connaissez sĂ»rement ma passion pour tout ce qui a trait aux ocĂ©ans - il m’arrive donc souvent d’utiliser des mĂ©taphores maritimes. Et en ce qui concerne ma stratĂ©gie de dĂ©veloppement en tant que freelance sur toute ma premiĂšre annĂ©e d’activitĂ©s, je me suis comportĂ©e comme un poisson-pilote. Je m’explique :

Le poisson-pilote, ça vous parle ? Cet animal a la particularitĂ© de se “coller” sur les requins et grands cĂ©tacĂ©s, et de naviguer avec eux pendant des annĂ©es. Et ça, grĂące Ă  un deal win-win : le poisson-pilote bĂ©nĂ©ficie de la protection de son hĂŽte vis-Ă -vis des prĂ©dateurs marins, et l’hĂŽte en question est prĂ©servĂ© des infections de la peau par le poisson-pilote, qui se nourrit de ses bactĂ©ries et parasites.

Alors je vous arrĂȘte tout de suite - je ne me nourris pas de bactĂ©ries. Ceci Ă©tant dit, j’ai cherchĂ© durant ma premiĂšre annĂ©e d’activitĂ©s en tant que freelance Ă  m’associer avec des “gros” - des individus et des structures bĂ©nĂ©ficiant dĂ©jĂ  d’une belle visibilitĂ© dans l’écosystĂšme tech parisien.

L’enjeu est toujours de trouver comment la relation peut ĂȘtre mutuellement bĂ©nĂ©fique : lorsque vous dĂ©butez dans un nouvel environnement ou sur un nouveau sujet, tirer parti de l’influence et de la notoriĂ©tĂ© d’un partenaire est une stratĂ©gie redoutablement efficace. Par effet de ruissellement vertueux, vous associez votre image de marque Ă  celle de quelqu’un (ou quelque chose) de dĂ©jĂ  Ă©tabli. Et rapidement, votre lĂ©gitimitĂ© se construit par association dans l’inconscient de votre rĂ©seau. C’est par exemple ce qui s’est passĂ© pour The Storyline : le prestige de chaque invitĂ© a contribuĂ© Ă  faire connaĂźtre (et reconnaĂźtre) le podcast, et Ă  assurer sa qualitĂ©.

Comment s’approprier cette stratĂ©gie ? La condition de cette stratĂ©gie, c’est bien sĂ»r de trouver l’équilibre gagnant-gagnant : comment pouvez-vous apporter de la valeur Ă  quelqu’un de dĂ©jĂ  Ă©tabli sur son crĂ©neau d’activitĂ© ? Une fois la rĂ©ponse trouvĂ©e, vous serez totalement lĂ©gitime Ă  aller solliciter des personnalitĂ©s influentes.


Alors, que vous a inspiré cet article ? Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce type de profil et ces stratégies ?

Depuis plusieurs annĂ©es maintenant, Samuel Durand explore les tendances connexes au future of work, de l’évolution des modes de travail aux changements structurels en dĂ©coulant. Livre blanc, Ă©crits publiĂ©s dans Harvard Business Review, publication d’une newsletter,
 Samuel est sur tous les fronts ! Et ce, toujours avec des idĂ©es originales et un angle Ă©ditorial rafraĂźchissant. 

Et en 2020, il a dĂ©cidĂ© de se lancer dans un projet titanesque : la rĂ©alisation d’un documentaire pour explorer le sens que nous donnons aujourd’hui au travail. Le tout, tournĂ© aux quatre coins du monde. On discute dans ce dernier Ă©pisode du podcast des grandes Ă©tapes du projet, et de la maniĂšre dont Samuel a construit son positionnement et son expertise dans le domaine du futur du travail. Bonne Ă©coute !

🎧 Écouter l'Ă©pisode


Alors, ça vous a plu ?

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Si vous avez aimĂ© cette Ă©dition et que vous kiffez The Storyline, ce serait un Ă©norme coup de pouce de la partager ou mĂȘme - soyons fous - d’aller donner 5 Ă©toiles et un commentaire au podcast sur Apple 👉 par ici đŸ‘ˆ.

D’ici-lĂ , je vous donne rdv dans deux semaines pour la prochaine Ă©dition !