đ§ Oriental Psyche - Buddha Bar
Hello,
Comment se passe votre mois de septembre ? La rentrĂ©e bat son plein, les projets fusent et câest difficile de suivre le flot incessant des annonces et des nouveautĂ©s lancĂ©es de toutes parts sur les rĂ©seaux !
Du coup, personnellement, jâai plutĂŽt eu comme rĂ©flexe le repli stratĂ©gique dans ma grotte đ en me concentrant sur quelques projets importants plutĂŽt que dâessayer dâĂȘtre partout en mĂȘme temps. En ce moment, mes prioritĂ©s sont : mes missions au sein de la Direction interministĂ©rielle du numĂ©rique, des interventions pour Iconosquare, les copains de makesense â€ïž et un partenariat crĂ©atif avec le ADOBE Summit Ă Paris (je vous en reparle dans la prochaine Ă©dition !). Et, bien entendu, la dĂ©coration de mon nouvel appart đ
Dâailleurs je suis en quĂȘte du canapĂ© ultime : esthĂ©tique, convertible, avec rangements, et qui ne coĂ»te pas un rein. Si vous avez des tips, je prends !
Et en parlant dâappart, lâĂ©dition dâaujourdâhui mâa Ă©tĂ© inspirĂ©e par ma baignoire. VoilĂ je pose ça lĂ , et je vous laisse dĂ©couvrir le monde fabuleux du survivalisme.
Bonne lecture,
Noémie
âĄïž RDV le 1er octobre Ă 10h pour sortir du diktat des algos
Vous vous demandez comment percer sur les réseaux sociaux ? Comment vous faire une place à travers la cacophonie ambiante en ligne ?
Et si la rĂ©ponse Ă©tait ailleurs ? Et si la bonne stratĂ©gie Ă©tait dâessayer de sâextirper du diktat des algos de Meta, de TikTok et consorts ?
Jeudi 1er octobre, de 10h Ă 10h45, jâaborderai cette question Ă lâoccasion de lâĂ©vĂ©nement DĂCODE organisĂ© par Iconosquare. On y parlera des vertus de la saturation des rĂ©seaux sociaux, des bienfaits de la communautĂ© pour les marques, et des ingrĂ©dients incontournables pour se lancer. Si ça vous intĂ©resse, le lien dâinscription est juste ici :
Il y a quoi dans ce case study ?
De la peur de la bombe Ă lâindustrie de la survie
Quand lâexpertise Ă©touffe lâautonomie
On voit la prise, pas le systĂšme
MonĂ©tiser lâanxiĂ©tĂ©
Quand la peur devient un modĂšle de communication
Temps de lecture : 14 minutes

Il y a quelques mois, jâai eu le privilĂšge de franchir une nouvelle Ă©tape dans ma quĂȘte pour devenir un ĂȘtre humain de type adulte et responsable selon les normes de la sociĂ©tĂ© : passer le rituel du feu ultime, aka lâachat de ma rĂ©sidence principale đ
Je vous Ă©pargne les dĂ©tails du cauchemar quâa reprĂ©sentĂ© le processus. Je pensais quâune dĂ©cennie de thĂ©rapie avait fait de moi une personne raisonnablement Ă©quilibrĂ©e face Ă lâincertitude et aux imprĂ©vus⊠les conventions (dĂ©lirantes) de lâimmobilier français ont rapidement fracassĂ© cette thĂ©orie. đ
Mais BREF - il sâavĂšre que dans ledit appartement, jâai entrepris des travaux et est vite arrivĂ©e la question de la salle de bains : sachant que je ne prends pas de bains, fallait-il garder la grosse baignoire encombrante, ou tout casser au profit dâune petite douche Ă lâitalienne fonctionnelle ?
(Vous vous demandez sĂ»rement pourquoi je vous raconte ces trucs, promis il y a un lien avec lâĂ©dition accrochez-vous)
Et donc, alors que jâĂ©tais en pleine considĂ©ration sur cette question ĂŽ combien essentielle, une autre pensĂ©e complĂštement dĂ©lirante sâest invitĂ©e :
Oui, la douche câest bien plus pratique et Ă©cologique mais dans une baignoire, on peut stocker un max dâeau en cas de problĂšme
Vous allez me prendre pour une malade (et câest votre droit), mais personnellement, jâai Ă©tĂ© traumatisĂ©e en novembre 2025 par la publication par notre cher gouvernement français du guide « Tous responsables », aka le manuel officiel pour apprendre Ă survivre Ă peu prĂšs dignement Ă une (je cite) « crise majeure ».
Et par « crise majeure », on ne parle pas seulement dâune grosse tempĂȘte ou dâune inondation : le guide couvre pĂȘle-mĂȘle les risques climatiques, industriels, sanitaires, les cyberattaques, le terrorisme, les conflits armĂ©s ou encore les menaces extĂ©rieures. Chouette programme.
Dedans, il y a notamment le dĂ©sormais cĂ©lĂšbre kit dâurgence 72h, dans lequel on retrouve des artefacts mystĂ©rieux du passĂ© Ă possĂ©der absolument, comme par exemple une radio Ă piles (qui a encore ça chez soi Ă part mon oncle Robert ?), ou des choses pratiques comme des vĂȘtements chauds, de lâargent liquide et 6L dâeau par personne.
Vous me voyez venir avec les six litres dâeau ? VoilĂ : depuis lâan dernier, chaque fois que je vois une baignoire, je ne vois plus une baignoire. Je vois une rĂ©serve stratĂ©gique de 200 litres si jamais je devais me confiner dans mon appartement avec des amis et que les systĂšmes dâapprovisionnement en eau Ă©taient, pour une raison ou pour une autre, corrompus. Oui, câest chaud, jâai trop regardĂ© The Last of Us đ
Et puis, cette baignoire peut aussi, aprĂšs lâĂ©tĂ© quâon vient de passer, faire office de caisson de refroidissement par nuit caniculaireâŠ
Bon, rĂ©sultat de lâhistoire, je nâai pas entrepris de travaux dans ma salle de bains. Parce quâau rythme oĂč va le monde, on nâest plus sĂ»rs de rien. Et ce dilemme de baignoire mâa amenĂ©e Ă me demander : pourquoi sommes-nous (je vous inclus totalement arbitrairement dans le truc) soudainement aussi habitĂ©s par lâidĂ©e de se prĂ©parer au pire ?
De la peur de la bombe Ă lâĂ©conomie de la survie
Se prĂ©parer Ă la fin du monde nâa rien de nouveau : dans les annĂ©es 1950-1960, sur fond dâinflation Ă©conomique et de guerre froide, le mouvement survivaliste se dĂ©veloppe, liĂ© Ă une idĂ©e ancienne et anxiogĂšne : et si, demain, le monde tel quâon le connaĂźt cessait de fonctionner ?
Pendant la Guerre froide, cette question est lĂ©gitime : aux Ătats-Unis, la menace nuclĂ©aire donne naissance Ă tout une flopĂ©e de pratiques survivalistes. Construction dâabris antiatomiques dans les jardins, stocks de nourriture, exercices de dĂ©fense civile, brochures gouvernementales expliquant aux familles comment survivre Ă une attaque nuclĂ©aireâŠ
En 1951, le gouvernement amĂ©ricain publie mĂȘme Survival Under Atomic Attack, un petit manuel qui explique aux citoyens comment se protĂ©ger, constituer des rĂ©serves et augmenter leurs chances de survie en cas dâattaque atomique. Sympa đ
Le contexte change ensuite, mais lâidĂ©e reste stable. La bombe nuclĂ©aire laisse progressivement place Ă dâautres scĂ©narios : effondrement Ă©conomique, pĂ©nuries, catastrophes naturelles, pandĂ©mies, blackouts, guerres, ruptures des chaĂźnes dâapprovisionnement⊠à chaque Ă©poque son scĂ©nario catastrophe.
Quoi quâil en soit, le concept reste le mĂȘme : le monde est imprĂ©visible, on ne peut pas contrĂŽler ses Ă©volutions, mais on peut anticiper et se prĂ©parer au pire.
Et câest lĂ que le survivalisme dĂ©voile quelque chose dâassez juste sur notre Ă©poque.
Parce quâau-delĂ des bunkers que se construisent les millionaires Ă Hawaii (coucou Zuck), des conserves de nourriture et des imaginaires post-apocalyptiques, il repose sur une idĂ©e assez contemporaine : lâautonomie est devenue une compĂ©tence que nous devons rĂ©apprendre.
Et bien sûr, il existe un marché pour ça.
Quand lâexpertise Ă©touffe lâautonomie
En France, le phĂ©nomĂšne reste relativement marginal et le mot « survivalisme » charrie dâailleurs tout un imaginaire Ă base de bunkers, de treillis militaires et de mecs flippants qui vivent dans les bois avec un couteau entre les dents, qui ne donne pas envie Ă grand monde.
Et pourtant⊠avec son guide Tous Responsables publiĂ© lâan dernier, lâĂtat lui-mĂȘme nudgĂ© ses citoyens Ă devenir un peu plus « rĂ©silients ».
Le fameux kit dâurgence 72 heures nous invite ainsi Ă stocker de lâeau, de la nourriture, des vĂȘtements chauds, de lâargent liquide, une lampe, une radio Ă piles⊠Bref, Ă dĂ©velopper quelques capacitĂ©s rudimentaires dâautonomie au cas oĂč les infrastructures dont nous dĂ©pendons quotidiennement venaient Ă dysfonctionner.
Et il y a une raison : nous sommes probablement lâune des gĂ©nĂ©rations les moins autonomes de lâhistoire de lâhumanitĂ©. Parce quâaujourdâhui, on ne va pas se mentir : nous sommes de moins en moins Ă savoir faire autre chose de nos dix doigts que de pianoter sur un Ă©cran de smartphone, ou sur un clavier dâordinateur. En 2020, lâInsee comptabilisait une concentration de 76,1% des actifs français dans le secteur tertiaire (au passage, 87,8 % pour les femmes et de 65,1 % pour les hommes).
Ăvidemment, travailler dans le tertiaire ne signifie pas ĂȘtre incapable de faire pousser une tomate ou de rĂ©parer une fuite dâeau. Mais la tendance est claire : nos vies professionnelles et sociales sont de plus en plus organisĂ©es autour de la spĂ©cialisation, et de la division du travail.
Câest lâun des paradoxes de notre Ă©poque : Ă force de spĂ©cialiser nos compĂ©tences, nous sommes devenus extrĂȘmement performants dans des domaines de plus en plus Ă©troits, mais de moins en moins autonomes dĂšs quâon sort de son pĂ©rimĂštre dâexpertise. On sait faire un plan de comâ omnicanal ultra malin, de jolies prĂ©sentations sur Canva, analyser des donnĂ©es, piloter des campagnes dâoutbound marketing ou crĂ©er des agents IA⊠Mais beaucoup moins rĂ©parer un objet cassĂ©, fabriquer ce dont on a besoin plutĂŽt que lâacheter sur Amazon, produire une partie de notre nourriture ou simplement nous dĂ©brouiller quand les infrastructures quâon utilise au quotidien cessent de fonctionner. Au final, avec le silotage des mĂ©tiers et de la sociĂ©tĂ©, nous avons troquĂ© notre autonomie et notre dĂ©brouillardise contre de lâexpertise.
Et qui peut nous en vouloir ? AprĂšs tout, lâexpertise rĂ©munĂšre. Câest mĂȘme lâune des monnaies dâĂ©change les plus valorisĂ©es par le marchĂ©. Plus une compĂ©tence est rare, spĂ©cialisĂ©e et difficile Ă reproduire, plus elle a de la valeur.
Le problĂšme, câest que cette logique a des consĂ©quences : plus nous devenons compĂ©tents dans nos domaines respectifs, plus nous devenons ignorants de tout ce qui se trouve en dehors, parce quâil est plus simple dâacheter un truc tout fait en quelques clics en ligne.
On voit la prise, pas le systĂšme
RĂ©cemment, jâai regardĂ© une keynote de 2014 de Peter Senge, enseignant en leadership au MIT. Son discours porte sur le concept de Systems Thinking, ou pensĂ©e systĂ©mique, une maniĂšre dâapprĂ©hender la rĂ©alitĂ© en « abordant ses phĂ©nomĂšnes en tant qu'ensembles plutĂŽt qu'en parties sĂ©parĂ©es ».
Et au beau milieu du talk, jâai Ă©tĂ© assez dĂ©stabilisĂ©e par le rĂ©cit de Senge autour de la vĂ©ritĂ© que cache une bĂȘte prise Ă©lectrique :
« We are quite dazzled with our technology, but none of it works if we don't plug it into the wall and burn former living things. So next time we think we're sophisticated we should remember - we burn shit... To make the device work? That's how it works »
Peter Senge, Systems Thinking for a Better World
Câest bĂȘte comme chou : pour faire fonctionner un ordi ou un aspi, on le branche sur une prise dans un mur, sans y penser. Sans penser aux kilomĂštres de cĂąbles qui parcourent les rues, aux centrales qui produisent lâĂ©lectricitĂ©, aux infrastructures qui la transportent, aux personnes qui les entretiennent, aux matiĂšres premiĂšres nĂ©cessaires Ă leur fabrication, aux systĂšmes politiques et Ă©conomiques qui rendent tout cela possible : on voit juste la prise dans le mur, pas le systĂšme.
Et il en va de mĂȘme pour la plupart des choses qui peuplent notre quotidien :
Quand jâouvre le robinet, je ne pense pas Ă la station de traitement de lâeau, aux canalisations, aux infrastructures de pompage, Ă lâĂ©nergie nĂ©cessaire pour faire fonctionner tout ça, aux personnes qui entretiennent le rĂ©seau.
Quand je commande un pull sur Internet, je ne pense pas (toujours) Ă lâextraction de ses matiĂšres premiĂšres, aux usines qui lâont fabriquĂ©, aux chaĂźnes logistiques qui lâont transportĂ©, aux entrepĂŽts qui le stockent, aux logiciels qui permettent de suivre son trajet, ni aux chaĂźnes logistiques qui ont rendu possible sa livraison jusque chez moi.
Notre quotidien est devenu extraordinairement simple, grĂące Ă la complexitĂ© extraordinaire du systĂšme qui le soutient en coulisses, que nous ignorons dĂ©sormais. Et cette simplicitĂ© est vicieuse : elle nous donne une impression dâautonomie et de contrĂŽle absolu sur nos vies alors que nous sommes, en rĂ©alitĂ©, devenus totalement dĂ©pendants de flux que nous ne comprenons plus vraiment.
Envie dâun sushi ? Il me suffit dâaller Ă celui au coin de la rue, ou pire, de le commander sur Uber Eats. Besoin dâaide pour monter un meuble parce que je ne sais pas le faire moi mĂȘme ? Je peux trouver un prestataire sur leboncoin. Jâai un rhume et je suis Ă plat ? La pharmacie est Ă deux minutes et je prends une consultation sur Doctolib. Envie dâune nouvelle fringue ? Trois clics et elle sera livrĂ©e demain. Et, dĂ©sormais, encore plus dangereux : une question, une interrogation ? ChatGPT et Claude sont lĂ .
Câest peut-ĂȘtre pour ça que le survivalisme rencontre aujourdâhui un nouvel Ă©cho : il propose, de maniĂšre parfois caricaturale certes, de remettre lâindividu en contact avec les systĂšmes dont il dĂ©pend. Des systĂšmes plus locaux, avec moins dâacteurs, moins dâoutils, qui sont moins complexes Ă apprĂ©hender.
Savoir faire du feu, ce nâest pas seulement savoir faire du feu ou se la jouer homme des cavernes: câest pouvoir se chauffer en cas de coupure dâĂ©lectricitĂ© ou rupture de gaz. Savoir purifier de lâeau, ce nâest pas seulement connaĂźtre une technique de survie, mais comprendre ce que vivre avec (ou sans) un rĂ©seau dâeau potable implique.
Et je crois que câest ça que je retiens de toute cette histoire : pas quâil faudrait quâon apprenne tous Ă construire des abris (quoique) ou quâon puisse tous stocker 200 litres dâeau dans nos baignoires. Mais plutĂŽt quâon rĂ©alise quâĂ force de dĂ©lĂ©guer, spĂ©cialiser, automatiser et optimiser, la plupart dâentre nous avons fini par oublier les systĂšmes qui rendent notre quotidien possible et les risques qui pĂšsent sur ces dernier.
Et Ă©videmment, dĂšs quâune inquiĂ©tude devient suffisamment rĂ©pandue, quelquâun finit par trouver le moyen de la monĂ©tiser.
MonĂ©tiser lâanxiĂ©tĂ©
Aux Ătats-Unis, le marchĂ© du « prepping » (on y prĂ©fĂšre le terme de prĂ©paration Ă survivalisme, teintĂ© de trop de connotations) est dĂ©jĂ particuliĂšrement structurĂ© : SIGMA 3 Survival School propose par exemple des parcours allant du week-end Ă une formation de 45 jours pour devenir instructeur, avec un discours trĂšs explicitement centrĂ© sur la self-reliance et la capacitĂ© Ă se passer des systĂšmes modernes.
Le tout, avec un rĂ©cit trĂšs man vs. wild : l'humain, seul face aux Ă©lĂ©ments, qui retrouve dans la forĂȘt les compĂ©tences que la civilisation moderne lui aurait fait perdre.
En France, lâoffre est plus Ă©clatĂ©e. On retrouve sur le marchĂ© pĂȘle-mĂȘle, pour des stages de deux jours qui coĂ»tent environ 200 Ă 300 euros :
la survie, plutĂŽt orientĂ©e vers lâapprentissage concret : feu, eau, abri, orientation ;
le bushcraft, avec une dimension plus loisir et retour Ă la nature ;
la vie sauvage, le « retour aux sources », voire les stages de techniques primitives ;
et le survivalisme, plus explicitement associé à la rupture avec le monde moderne et à la préparation à des scénarios de crise.
Et si on dĂ©zoome, câest dĂ©sormais tout un Ă©cosystĂšme Ă©conomique qui se dĂ©veloppe autour de notre anxiĂ©tĂ© face au futur : des stages pour apprendre Ă survivre, des kits dâurgence, des gĂ©nĂ©rateurs, des bunkers, des comptes Instagram et TikTok, des podcasts et des newsletters qui vous expliquent pourquoi le monde va probablement beaucoup plus mal que vous ne le pensez.
Et puis, évidemment, du marketing.
Quand la peur devient un modĂšle de com
Il y a un truc pervers dans notre Ă©conomie de l'attention : les mensonges fonctionnent extrĂȘmement bien. Mieux que la vĂ©ritĂ©, Ă vrai dire. Selon une Ă©tude du MIT, les fake news voyagent six fois plus vite que la vĂ©ritĂ© sur les rĂ©seaux sociaux.
Au-delà des fake news, la tonalité des informations est elle aussi polarisée : feeds anxiogÚnes, médias qui rùbachent catastrophe aprÚs catastrophe⊠Nos bulles informationnelles sont bien souvent teintées de négativité. Et plus on consomme ce type de contenus, plus on a l'impression que le monde est en permanence au bord du précipice.
Il y a une part de vérité, bien sûr, mais ce phénomÚne porte aussi plusieurs noms : doomscrolling, doom marketing, fear-based marketing⊠Il repose sur une mécanique assez simple :
1ïžâŁ identifier une menace
2ïžâŁ augmenter sa perception du risque
3ïžâŁ utiliser la peur pour gonfler la valeur perçue sa solution
Câest une mĂ©canique commerciale redoutablement efficace, et aujourdâhui, lâIA est le bastion de ce genre de pratiques. Le 7 avril 2026, Anthropic avait par exemple annoncĂ© que son modĂšle Mythos Ă©tait trop dangereux pour ĂȘtre mis Ă la disposition du grand public, invoquant des capacitĂ©s cybersĂ©curitaires jugĂ©es trop dangereuses (le modĂšle avait dĂ©couvert des vulnĂ©rabilitĂ©s dans tous les principaux operating systems et navigateurs, dont un bug vieux de 27 ans).
Résultat : une tornade médiatique, des débats et beaucoup de visibilité.
Deux mois plus tard, en juin, lâentreprise lance Claude Fable 5, un « modĂšle de classe Mythos » Ă destination du grand public, sans les capacitĂ©s cybersĂ©curitaires annoncĂ©es, directement intĂ©grĂ© en test gratuit dans les abonnements Anthropic. En juillet, le pricing bascule sur un modĂšle « pay as you go », ou facturation Ă lâusage rĂ©el. Tout en continuant dâalerter sur les risques croissants des modĂšles dâIA open source.
Câest une mĂ©canique commerciale ultra efficace, mĂȘme si elle est Ă©thiquement questionable. Et le problĂšme, câest quâelle peut devenir auto-rĂ©alisatrice. Câest logique : plus on nous raconte que le monde est dangereux, instable et sur le point de s'effondrer, plus nous sommes anxieux. Plus nous sommes anxieux, plus nous cherchons des moyens de nous protĂ©ger et achetons des solutions. Plus nous achetons ces moyens, plus nous alimentons les modĂšles Ă©conomiques des entreprises qui alimentent la croyance Ă grands coups de doom marketing. La boucle est bouclĂ©e.
Et mĂȘme si lâhumain est une crĂ©ature formidable, on peut aussi ĂȘtre sacrĂ©ment influençables de temps en temps : souvenez-vous des ruptures gĂ©nĂ©rales de PQ en 2020âŠ
Vous lâaurez compris : je ne dis pas que le risque nâexiste pas, et que la situation actuelle du monde nâappelle pas Ă lâinquiĂ©tude. Se prĂ©parer aux crises nâest pas irrationnel. Mais il me semble quâil y a une diffĂ©rence entre aider les gens Ă composer avec lâincertitude et leur apprendre Ă attendre la catastrophe.
Et actuellement, il y a un trou dans la raquette : les marques, les mĂ©dias, les influenceurs⊠Parlent beaucoup des catastrophes, que cela soit par intĂ©rĂȘt pour vendre ou pour alerter le grand public, mais on parle peu de lâaprĂšs.
Je crois quâil y a un tournant Ă prendre pour les entrepreneurs et les entreprises engagĂ©es, pour parler dâun monde oĂč on apprend Ă sâadapter, Ă comprendre les systĂšmes dont on dĂ©pend, Ă coopĂ©rer et Ă construire autrement Ă revenir Ă la production locale⊠Bref, une communication centrĂ©e sur les solutions plutĂŽt que sur lâalerte et le constat.
Ces contenus, ces solutions existent dĂ©jĂ , mais peinent Ă sâaffirmer face Ă la montagne de contenus nĂ©gatifs qui constituent le tissu informationnel mainstream. Ă nous de les chercher, de les suivre et de les soutenir.
Pendant ce temps-lĂ , sur la planĂšte Marketing đȘ
đĄ Tout ça pour ça. Le coup de gueule (justifiĂ©) dâune chercheuse suite Ă la dĂ©cision du Conseil constitutionnel de censurer l'interdiction des rĂ©seaux sociaux aux moins de 15 ans car elle porte "une atteinte disproportionnĂ©e" Ă leur libertĂ© d'expression. Comme quoi lâargument phare des GAFAM qui se cachent derriĂšre des notions comme la libertĂ© individuelle pour tranquillement exploiter nos donnĂ©es a encore de beaux jours devant luiâŠ
đ « Tout est devenu affaire de mĂ©trique, y compris nos loisirs. » Usbek & Rica dĂ©crypte la tendance de la workification, cette obsession pour lâoptimisation continue et la performance, dans tous les aspects de notre vie.
đ Cloner MĂ©dor ? Le clonage dâanimaux de compagnie devient un business de plusieurs dizaines de milliers dâeuros, qui transforme le deuil et lâattachement Ă nos animaux en promesse commerciale dâun « amour qui ne meurt jamais » - au prix de lourdes questions Ă©thiquesâŠ
đ§Œ Laver son linge sale en public. Clasher son pĂšre en tabassant un robot ressemblant fortement Ă ceux de Tesla ? Câest le choix de Vivian Wilson, fille dâElon Musk, dans une pub signĂ©e Desigual. Avec comme punchline : « some things arenât meant to be fixed »
đ€ « Normal F*ing Sunglasses ». DuckDuckGo dĂ©tourne la tendance des lunettes connectĂ©es avec une campagne moqueuse qui revendique des lunettes⊠parfaitement normales, sans IA ni tech Ă©laborĂ©e.
đ„ Un shot dâinspi pour la rentrĂ©e. Les campagnes social media les plus marquantes du premier semestre 2026 recensĂ©es par le BDM montrent que lâagilitĂ©, la maĂźtrise des codes des plateformes et la capacitĂ© Ă saisir les conversations comptent dĂ©sormais davantage que les gros budgets
đ Lacoste tente un pivot dangereux. Yann Leonardi dĂ©crypte le spectaculaire retour opĂ©rĂ© par Lacoste vers son hĂ©ritage français et son territoire premium, dĂ©laissant progressivement les codes de la rue au profit dâambassadeurs comme Pierre Niney : une stratĂ©gie de montĂ©e en gamme ?
đž Activer le pouvoir de la commu. MĂ©dianes dĂ©crypte les stratĂ©gies qui permettent aux mĂ©dias indĂ©pendants de transformer leurs lecteur·ices en donateur·ices, de la confiance Ă la conversion puis Ă la fidĂ©lisation.
đ€« Le mensonge de la productivitĂ©. Un article qui remet les pendules Ă lâheure face aux promesses de productivitĂ© de lâIA : elle pourrait mettre bien plus de temps que prĂ©vu Ă gĂ©nĂ©rer des gains hors de la tech.
âš Le futur de lâinfluence se construit. Le groupe de communication dentsu lance dentsu influence, « une proposition Ă lâintersection du mĂ©dia, de la culture et du commerce », pour casser les silos et « faire de lâinfluence une infrastructure complĂšte et systĂ©mique pour les marques »
đ€ł Facebook, le comeback. AprĂšs avoir accompagnĂ© plus de 200 marques, les fondatrices de Plainspeak ont choisi de lancer la leur sous la forme dâune communautĂ© Facebook, faisant office dâespace de confiance et de canal dâacquisition.
đ§ââïž LĂącher la bride. Le BDM conseille aux marques de ne plus chercher Ă contrĂŽler plus totalement leur image sur les rĂ©seaux sociaux, mais plutĂŽt dâessayer de co-construire avec leurs communautĂ©s, tout en distinguant bruit et vĂ©ritables risques.
đȘđž Espagne vs Palantir. LâEspagne a demandĂ© cet Ă©tĂ© Ă ses entreprises publiques de blacklister la sociĂ©tĂ© Palantir, invoquant des risques de souverainetĂ© et de sĂ©curitĂ© liĂ©s aux donnĂ©es sensibles.
đŸ Bonjour les AI-powered solepreneurs. En Chine, lâIA accĂ©lĂšre lâessor des « solopreneurs » : 16 millions dâentreprises unipersonnelles recensĂ©es, qui cachent aussi la peur de devenir obsolĂšte face Ă lâautomatisation.
đ„ Open vs closed source : la saga. Lâessor des modĂšles chinois dâIA en open source (et donc Ă bas coĂ»t) pourrait fragiliser le pari financier massif fait par les marchĂ©s amĂ©ricains sur lâIA, en comprimant les revenus et les valorisations des gĂ©ants du secteur. Anthropic en PLS.
đ« Passion emojis. Une Ă©tude crĂ©ative montre comment le sens des emojis varie fortement selon les gĂ©nĂ©rations, transformant ces petits pictogrammes en vĂ©ritables marqueurs culturels et Ă©motionnels.
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Noémie



