Comment le capitalisme a hackĂ© Maslow đ
Ou comment nous payons pour des choses qui n'ont aucun sens
đ§ Broke my heart - Caribou : des petites vibes dansantes pour sâambiancer !
Bonjour tout le monde,
Comment allez-vous ? JâespĂšre que la newsletter vous trouvera (enfin) en train de vous dorer la pilule au soleil ou de siffler un Perrier en terrasse đč De mon cĂŽtĂ©, le mois de juin est bien rempli et cette Ă©dition vous est envoyĂ©e depuis le chateau du FeĂż, oĂč je participe aux Rencontres Vivantes, un temps pour rĂ©flĂ©chir et agir autour de la prĂ©servation d'un Ă©cosystĂšme symbiotique (rien que ça). Depuis la sortie de mon livre Le Pouvoir des CommunautĂ©s il y a presque un an, je ne cesse de dĂ©couvrir des projets passionnants qui mettent le collectif au service du changement. Jâai hĂąte de vous partager un retour dâexpĂ©rience !
Et sinon : chaque mois, je rencontre des profils inspirants, des projets passionnants et des porteurs.ses dâidĂ©es qui chamboulent - mais je ne sais jamais comment les partager ! Jâai donc eu envie de crĂ©er une nouvelle rubrique, les crush du mois, pour vous partager les pĂ©pites que je dĂ©couvre au quotidien đ„ Si vous avez envie de valoriser votre projet et quâil est alignĂ© avec les valeurs de cette newsletter, nâhĂ©sitez pas Ă mâĂ©crire !
Pour ce qui est de lâĂ©dition de ce mois-ci, elle mâa Ă©tĂ© inspirĂ©e par quatre jours de jeĂ»ne hydrique que jâai rĂ©alisĂ©s en mai - je me suis rendue compte Ă quel point les logiques marchandes sâĂ©taient incrustĂ©es profondĂ©ment dans nos usages, jusquâĂ toucher nos besoins primaires. JâespĂšre que lâarticle vous plaira !
Et comme dâhab, nâhĂ©sitez pas Ă me rĂ©pondre directement ou Ă me laisser un petit feedback dans le questionnaire en fin de mail đ
Bonne lecture,
Noémie
Brain food đ§
Des signaux faibles (ou forts) rĂ©vĂ©lant les liens complexes entre marques, individus et nouvelles technologies - et lâimpact sur nos jobs et nos modes de vie.
đ„° Dove vs les GenAI. Dove est connue pour ses prises de position vis-Ă -vis de la âVraie BeautĂ©â - dont elle dĂ©fend une vision inclusive et trĂšs diverse. La marque sâest encore distinguĂ©e en sâengageant Ă ne jamais utiliser la GenAI pour remplacer les âvraiesâ femmes dans ses pubs. đđđđ
đź Nouveaux futurs souhaitables. Alain Damasio is back, et cette fois-ci il nous ramĂšne un recueil de chroniques inspirĂ©es par son voyage dans la Silicon Valley. InterviewĂ© par Reporterre, il livre sa vision dâune lutte nĂ©cessaire contre les idĂ©aux et les dĂ©sirs créés par le technocapitalisme. Un tĂ©moignage qui bouscule et secoue !
đ± Trump <3 TikTok. Câest une bien triste nouvelle : selon Reuteurs, Trump aurait rejoint TikTok il y a quelques jours et en Ă peine plus de 24 heures, lâancien prĂ©sident des Etats-Unis aurait fĂ©dĂ©rĂ© plus de 3 millions de followers đ±
đ€ą Estomacs fragiles. Usbek & Rica relaie une publication issue du magazine Science, qui avance quâĂ cause de la fast food, les estomacs des citadins tolĂšrent de moins en moins la digestion des vĂ©gĂ©taux, faute de âbonnesâ bactĂ©ries.
đïžââïž Lâabonnement de sport le plus cher du monde. Equinox, une cĂ©lĂšbre chaĂźne amĂ©ricaine de salles de sport premium, a lancĂ© son abonnement annuel Ă pas moins de $40 000 ! Un programme âconçu pour atteindre les sommets du potentiel humainâ et âvivre plus longtempsâ, grĂące Ă un coaching personnalisĂ© en termes de nutrition, de sommeil et de forme physique, basĂ© sur la âbiodataâ de chaque membre. DĂ©lirant.
đ€Ą Bonheur vs capitalisme. Carl Cederström, chercheur suĂ©dois, explique dans ce bel article publiĂ© sur Vox comment les entreprises ont redĂ©fini la notion de bonheur et pourquoi nous nâen avons jamais assez. Spoiler : la capitalisme se fonde sur la crĂ©ation permanente de besoin et de frustration.
đ„” Le rĂ©chauffement climatique a une nouvelle couleur. Exit le rouge : un nouveau systĂšme d'alerte canicule aux US s'appuie sur la couleur âmagentaâ pour signifier âla pire et la plus mortelle des cinq catĂ©gories de menaces, une chaleur extrĂȘme rare et/ou de longue durĂ©e avec peu ou pas de rĂ©pit pendant la nuit.â Vivement lâĂ©tĂ©.
đ„ Meta vs Russia. Un tribunal militaire russe a condamnĂ© le porte-parole de Meta, Andy Stone, Ă six ans de prison pour avoir "dĂ©fendu publiquement le terrorisme". Un nouvel Ă©chelon de franchi dans le conflit entre les US et la Russie escaladeâŠ
đž Meta dans la panade ? Au-delĂ des embrouilles avec Poutine, ça ne va dĂ©cidĂ©ment pas fort pour la plateforme, dont la valorisation avait plongĂ© suite Ă son earnings call avec les investisseurs, fin avril, faisant perdre Ă lâaction plus de 200 milliards !
đž Bad crypto. Changpeng Zhao, lâancien CEO de la plateforme crypto Binance, a Ă©tĂ© condamnĂ© par la justice amĂ©ricaine Ă 4 mois de prison (aprĂšs avoir plaidĂ© coupable) pour blanchiement dâargent.
Pause cafĂ© â
Des informations random pour se marrer, se dĂ©tendre ou sâinspirer
đ¶ Teenfluenceurs LinkedIn. « Ils ont Ă peine 18 ans et sont influenceurs LinkedIn », titrent Les Echos Start dans cette enquĂȘte dĂ©diĂ©e Ă des ados qui comptabilisent dĂ©jĂ des milliers de followers. Extrait Ă©difiant : « à 16 ans, j'ai mis le feu Ă mes affaires scolaires, et c'est la meilleure dĂ©cision que j'ai prise dans ma vie »
âïž Nokia revival. AprĂšs Antoine Denoix, Chief Ecosystem Officer AXA Climate, qui se fendait il y a quelques mois dâun post LinkedIn expliquant quâil utilisait un Nokia 3310, il semblerait que la version 3210 soit sur le retour, si lâon en croit un article de Quartz. Adieu les smartphones, bonjour le low tech ?
đ€ Fake Katy Perry. Un deepfake de Katy Perry au MET Gala Ă©tait tellement rĂ©aliste quâil a trompĂ© la propre mĂšre de lâartiste ! Il y a quelques mois, plus de 200 artistes, dont Katy Perry, ont signĂ© une lettre ouverte appelant les plateformes tech Ă cesser d'utiliser l'IA pour « violer et dĂ©valoriser les droits des artistes humains ».
Des gens, des mĂ©dias, des projets⊠Qui mâont touchĂ©e le mois dernier et que jâavais envie de vous partager !
Tales From The Tech. Jâai beaucoup aimĂ© lâĂ©dition #4 de cette jeune newsletter baptisĂ©e âDans la VallĂ©e, oh oh, de Damasioooâ (dĂ©jĂ , des barres ce titre). TFTT pour les intimes, rĂ©digĂ©e par Thomas Beaufils, c'est une vingtaine de minutes de dĂ©cryptage de sujets tech chaque mois, et les recommandations culturelles qui vont avec !
Curiosity Club. La mission de cette communautĂ© 100 % fĂ©minine ? Mettre le pouvoir de la curiositĂ© au service des femmes Ă travers un rĂ©seau de clubs en France et Ă l'international. Chaque mois, des rencontres organisĂ©es autour de la keynote dâun profil fĂ©minin inspirant - et un apĂ©ro pour se rencontrer ensuite !
La Fresque des Nouveaux RĂ©cits. DĂ©couverte il y a quelques mois, jâai eu le plaisir de participer Ă une fresque des nouveaux rĂ©cits. En deux heures, on rĂ©flĂ©chit en groupe Ă un futur compatible avec les limites planĂ©taires qui soit dĂ©sirable pour tous, en facilitant lâadoption de comportements soutenables grĂące Ă lâimagination de nouveaux rĂ©cits !
Payer pour ne pas manger : welcome to le jeĂ»ne & rando đ„Ÿ
Il y a quelques semaines, je suis partie dans les CĂ©vennes avec un ami proche, pour expĂ©rimenter une aventure qui me tentait depuis plusieurs annĂ©es, mais que ma situation de santĂ© ne me permettait alors pas : jeĂ»ner et randonner pendant quatre jours. Autrement dit, ne pas manger et se ânourrirâ uniquement dâeau et de tisanes - tout en maintenant une activitĂ© physique modĂ©rĂ©e.
Vous avez peut-ĂȘtre vous-mĂȘme dĂ©jĂ tentĂ© lâexpĂ©rience : depuis quelques annĂ©es, les offres de retraites de âYoga et JeĂ»neâ, âJeĂ»ne et RandonnĂ©eâ, âJeĂ»ne et dĂ©toxâ, âJeĂ»ne et mĂ©ditationâ pullulent en ligne et sur les rĂ©seaux sociaux. La pratique du jeĂ»ne associĂ© Ă la randonnĂ©e a mĂȘme une fĂ©dĂ©ration ! Le jeĂ»ne est en effet censĂ© ĂȘtre excellent pour purger lâorganisme et renforcer lâimmunitĂ©, si on en croit un (excellent) documentaire rĂ©alisĂ© il y a 9 ans par ARTE (je vous le recommande fortement !).
De mon cĂŽtĂ©, jâai choisi de le faire sans autre encadrement que celui de mon ami, qui cumule de son cĂŽtĂ© plusieurs annĂ©es successives dâexpĂ©riences de jeĂ»ne encadrĂ© et quâil est rĂŽdĂ© sur le sujet. Nous avons donc organisĂ© notre retraite de maniĂšre indĂ©pendante. Mais quand, par curiositĂ©, je lui ai demandĂ© Ă combien revenaient ces retraites, et aprĂšs avoir fait un tour sur plusieurs sites, jâai Ă©tĂ© complĂštement abasourdie : une semaine de jeĂ»ne, logement et encadrement compris, revient en gĂ©nĂ©ral Ă une somme oscillant entre 600⏠et 800⏠đ±
Je ne vais pas vous mentir : je suis tombĂ©e de ma chaise quand jâai dĂ©couvert ça. DĂ©bourser prĂšs dâun demi SMIC pour marcher dans la forĂȘt, ne rien manger (donc zĂ©ro coĂ»ts de restauration) et boire de lâeau du robinet. Euuuuh⊠pardon ? La justification des participants que jâai pu rencontrer tourne gĂ©nĂ©ralement autour de la rĂ©assurance de lâencadrement, de lâenvie dâĂȘtre en groupe. OK. Mais 800âŹ, really ?
Bien Ă©videmment, cette dĂ©couverte mâa plongĂ©e dans une rĂ©flexion sur la perversion de lâapproche capitaliste, qui a privatisĂ© et monĂ©tisĂ© des choses simples, qui rĂ©pondent souvent Ă des besoins fondamentaux. Moi qui mâappuie souvent sur le fameux âmarketing funnelâ ou âentonnoir de venteâ, jâai rĂ©alisĂ© que mĂȘme la pyramide de Maslow avait Ă©tĂ© colonisĂ©e par le marketing, les offres et les services. Et ce, Ă tous les niveaux (mĂȘme les plus primaires) des humains. Certaines offres sont utiles, mais bon nombre dâentre elles viennent parasiter, exploiter et dĂ©connecter les consommateurs de leur bon sens. Je vous propose donc un zoom sur les choses que nous payons
Maslow vs le capitalisme : comment nos besoins fondamentaux ont été privatisés
La pyramide de Maslow, si vous étiez aux abonnés absents pendant votre vie étudiante, représente la hiérarchie des besoins fondamentaux humains. La pyramide est constituté de cinq groupes de besoins (qui sont, selon Maslow, universels) : les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d'appartenance et d'amour, les besoins d'estime et le besoin d'accomplissement de soi (auto-actualisation).
Une partie de ces Ă©lĂ©ments se retrouve dans ce que lâon appelle les âbiens communs de lâhumanitĂ©â : « des biens, des services ou des ressources, physiques mais aussi immatĂ©rielles, qui sont publics et dont nous avons un usage commun ou collectif. Ils peuvent ĂȘtre culturels, naturels, sociaux ou encore numĂ©riques. Par exemple, l'eau, l'air, les rues, les arts, internet ou encore les logiciels libres. »
Et ce qui est fascinant, câest de voir Ă quel point, aujourdâhui, la satisfaction de ces besoins a Ă©tĂ© âgatedâ - privatisĂ©e, monĂ©tisĂ©e et conditionnĂ©e. Voici donc pĂȘle-mĂȘle quelques entreprises qui ont su hacker Maslow pour monĂ©tiser ces biens communs de lâhumanitĂ©.
đ Besoins physiologiques :
Respirer : Saviez-vous quâaujourdâhui, vous pouvez acheter de lâair ? Des petits malins en Suisse ont créé la sociĂ©tĂ© Swiss Air Deluxe, qui vend Ă des Chinois vivant dans des villes saturĂ©es par la pollution, pour la modique somme de 30 francs suisses, (31âŹ), quelques inhalations dâair embouteillĂ© dans les Alpes Suisses. Jâavais dĂ©jĂ analysĂ© lâapproche marketing de Swiss Air dans une prĂ©cĂ©dente newsletter - cela me paraĂźt toujours aussi dĂ©mentâŠ
Boire : lâeau en bouteille est-elle une aberration ? Dans les zones reculĂ©es ou le traitement des eaux locales nâest pas possible, câest comprĂ©hensible. Et, apparemment, pour les eaux de sources pures et non traitĂ©es (contrairement Ă lâeau que nous buvons au robinet, qui passe, elle par un parcours de traitement trĂšs contrĂŽlĂ©). Mais vous nâavez certainement pas loupĂ© le scandale de ce dĂ©but dâannĂ©e qui a rĂ©vĂ©lĂ© que prĂšs dâun tiers des grandes marques dâeau en bouteille font passer leur soi-disant âeau minĂ©raleâ ou âeau de sourceâ par des traitements non conformes. Le scandale concerne notamment (mais pas uniquement) NestlĂ© Waters (Perrier, Vittel, HĂ©parâŠ), et le groupe Sources Alma (Cristaline, Saint-Yorre, VichyâŠ). đ° Cerise sur le gĂąteau : le gouvernement est au courant depuis 2021 et a fait passer le sujet sous la table⊠Par ailleurs, le NestlĂ© Waters nâen est pas Ă son coup dâessai sur les entourloupes : en 2018, le groupe a tout simplement dĂ©cidĂ© de⊠privatiser une nappe phrĂ©atique dans les Vosges, concurrençant depuis la capacitĂ© des autoritĂ©s locales Ă abreuver la population. La course vers lâor bleu nâimplique pas que les acteurs qui lâexploitent dĂ©jĂ : ces derniĂšres annĂ©es, TotalEnergies a multipliĂ© les investissements dans le secteur, notamment dans le dĂ©salement de lâeau de mer. LâApocalypse pour bientĂŽt ?
Manger : je ne mâattarderai pas sur le sujet car dans notre systĂšme, il est devenu normal de payer pour accĂ©der Ă son alimentation plutĂŽt que de cultiver soi-mĂȘme ses sources de repas (personnellement, je tue toutes mes plantes alors ce serait pas gagnĂ©). Ce qui me semble en revanche problĂ©matique, ce sont toutes les addictions que nous avons dĂ©veloppĂ©es, et qui sont renforcĂ©es par lâinconscient collectif : par exemple, les excitants comme le cafĂ© (comment rĂ©sister quand il y a un Starbucks Ă chaque coin de rue ?), ou encore le sucre raffinĂ© sous toutes ses formes (notamment les snacks et la malbouffe, plantĂ©s Ă chaque arrĂȘt de mĂ©tro, dans les gares, dans les entreprises et les lieux publics, etc). Tous ces aliments si bien packagĂ©s, colorĂ©s et peu chers sont pourtant un poison : comme le rapporte Usbek & Rica, Ă cause de la fast food, « les bactĂ©ries qui habitent nos intestins se rarĂ©fient Ă grand pas, rendant plus compliquĂ©e la digestion des vĂ©gĂ©taux. » En 2050, serons-nous encore capables de manger une carotte ? Ou serons-nous dĂ©pendants dâaliments industriels pour survivre ?
Dormir : applis de mĂ©ditation guidĂ©e, casques occipitaux, appareils connectĂ©s, Ă©couteurs diffusant des bruits blancs⊠La pollution sonore des villes est telle quâaujourdâhui, il est devenu difficile de dormir correctement. Et, encore une fois, les produits pour pallier ce dĂ©fi pullulent !
đ©ââ€ïžâđâđš Besoin dâamour/appartenance :
Dans son livre Le Coeur sur la Table, la podcasteuse Victoire Tuaillon questionne et redĂ©finit nos conceptions de l'amour (Ă travers le couple, la famille, l'amitiĂ©, et les autres formes existantes), remettant en cause les normes sociales traditionnelles et les attentes culturelles. Elle explore aussi la maniĂšre dont les dynamiques Ă©conomiques et les attentes matĂ©rielles se sont fait leur place, crĂ©ant un vĂ©ritable âmarchĂ© de lâamourâ. Aujourdâhui, lâamour (sous toutes ses formes) et lâappartenance Ă une tribu (que je me permets de comparer car Ă mon sens, ce sont des quĂȘtes sensiblement similaires) ont Ă©tĂ© transformĂ©s en vĂ©ritables commoditĂ©s :
Les apps ont transformĂ© l'amour en une sorte de foire au bĂ©tail, oĂč les individus sont traitĂ©s comme des produits Ă "consommer".
Victoire Tuaillon dĂ©crit aussi dans son livre la maniĂšre dont le capitalisme et la culture de la consommation influencent les conceptions modernes de l'amour et du bonheur. La quĂȘte de l'amour parfait est aujourdâhui alignĂ©e avec la logique consumĂ©riste, oĂč l'amour devient un produit Ă acquĂ©rir et Ă optimiser. Le tout, alimentĂ© par les mĂ©dias, ainsi que les pubs lĂ©chĂ©es des entreprises positionnĂ©es sur le secteur : Hinge, Bumble, Tinder, ⊠Mais aussi les coachs sĂ©duction, et autres.
LâintimitĂ© est elle aussi devenue une commoditĂ© : Ă Tokyo, depuis des annĂ©es, les salariĂ©s, Ă©puisĂ©s par des journĂ©es de travail Ă©reintantes et incapables de tisser des relations sociales, se ruent en sortant (tard) du bureau dans les host clubs de quartiers comme KabukichĆ, oĂč ils paient des hĂŽtesses et des hĂŽtes pour leur faire la conversation. Payer pour pouvoir interagir avec un autre ĂȘtre humain⊠Et si on veut prĂ©tendre au contact physique (non sexuel) avec un congĂ©nĂšre, on peut aussi embaucher un âProfessional Cuddlerâ (cĂąlineur professionnel). Cette profession qui existe dĂ©jĂ depuis quelques annĂ©es sâappuie mĂȘme sur une organisation internationale, et certains cuddlers facturent plus de 80⏠par heure de cĂąlins avec leurs clients.
Je pourrais continuer la liste concernant les besoins dâestime et dâauto-actualisation, mais vous avez lâidĂ©e : partout oĂč la logique marchande peut sâimmiscer, elle le fait avec allĂ©gresse - et avec une efficacitĂ© qui laisse tout de mĂȘme admiratif.
Reprendre le contrĂŽle de nos besoins fondamentaux
Ă travers ces exemples de la privatisation graduelle de nos besoins les plus fondamentaux, il devient clair que nous vivons dans une Ă©poque oĂč presque tout peut ĂȘtre monĂ©tisĂ©.
Cependant, vous me connaissez, je ne vais pas vous laisser en PLS aprĂšs la lecture de cette (longue) newsletter đ Cette prise de conscience est pour moi trĂšs rĂ©cente, mais je me dis quâelle peut aussi ĂȘtre une invitation Ă repenser et Ă réévaluer notre rapport Ă ces besoins.
La premiĂšre Ă©tape, câest bien sĂ»r de questionner ces besoins. Ai-je vraiment besoin de cette Ă©niĂšme paire de Birkenstock (oui je suis fan jâavoue) ? Ai-je rĂ©ellement besoin dâacheter cette dĂ©co pour mon appart ? Bien sĂ»r, ces exemples ne concernent pas nos besoins fondamentaux. Mais câest dĂ©jĂ une premiĂšre marche vers une consommation plus consciente dâelle-mĂȘme - et certainement plus raisonnĂ©e.
Par ailleurs, je crois profondĂ©ment Ă la puissance de lâopen source ainsi quâĂ celle de lâaction citoyenne et collective, que je vois fleurir ça et lĂ depuis des annĂ©es : Ă Marseille, lâatelier de confection textile 13 A'tipik propose aux locaux de passer tous les mardis pour apprendre Ă rafistoler leurs vĂȘtements prĂ©fĂ©rĂ©s plutĂŽt que de les jetter et en acheter de nouveaux. Les recycleries fleurissent partout en France. Dans lâAude, dans les Alpes, en Loire-Atlantique et en Ăle-de-France, des citoyens, fatiguĂ©s de lâinaction gouvernementale vis-Ă -vis de lâempoisonnement des sols et de lâair, ont créé leurs propres centres de recherche Ă©cocitoyens.
LâĂšre de lâindividualisme sâeffondre, mais la transition est douloureuse pour beaucoup dâentre nous, habituĂ©s Ă un systĂšme et des normes profondĂ©ment ancrĂ©es dans lâidĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale. Pourtant, il est essentiel dâapprendre Ă (Re)Faire Tribu, comme le dit si justement Hugo Paul, explorateur et expert des communautĂ©s apprenantes. Sâengager, que cela soit dans un loisir, pour une cause, en local ou ailleurs⊠Reste la meilleure maniĂšre de crĂ©er des liens authentiques et de lutter contre le sentiment de solitude profonde qui nous gangrĂšne aujourdâhui.
JâespĂšre que ces lignes vous auront donnĂ© des idĂ©es, des envies, et que vous avez identifiĂ© votre propre petit pas vers la rĂ©appropriation de vos besoins. NâhĂ©sitez pas Ă mâĂ©crire en rĂ©pondant Ă ce mail, comme dâhabitude, pour me dire ce que vous en avez pensĂ© ! Je vous dis au mois prochain ;)
Noémie
đ #90 - Cultiver son muscle de lâutopie : voyage en 2030 Glorieuses
Dans cet Ă©pisode de The Storyline, je vous embarque dans un voyage vers le futur. Et plus prĂ©cisĂ©ment en 2030, avec Julien Vidal et Arthur Lanter, qui imaginent ensemble des utopies Ă travers le projet 2030 Glorieuses, un atelier pour penser des futurs joyeux.Â
đ± #91 - CrĂ©er une stratĂ©gie de marketing responsable - le cas Vendredi
Ăa ne vous a sĂ»rement pas Ă©chappĂ© : ces derniers temps, je questionne beaucoup la capacitĂ© des marques Ă penser un nouveau marketing pour demain, plus Ă©thique et transparent. Mais aligner ses valeurs et sa stratĂ©gie marketing nâest pas toujours simple, mĂȘme lorsque lâADN de marque est engagĂ© ! Pour discuter de ce fossĂ© entre bonnes intentions et bonnes pratiques - et comment le dĂ©passer - jâai Ă©changĂ© avec Malcom Ouzeri, Chief Marketing Officer chez Vendredi.
Alors, ça vous a plu ?
đ GĂ©nial ⹠đ Bien ⹠đ Bof ⹠đ Nuuuul
Si vous avez aimĂ© cette Ă©dition et que vous kiffez The Storyline, ce serait un Ă©norme coup de pouce de la partager ou mĂȘme - soyons fous - dâaller donner 5 Ă©toiles et un commentaire au podcast sur Apple đ par ici đ.
Dâici-lĂ , je vous donne rdv dans un mois pour la prochaine Ă©dition










Hyper intĂ©ressant lâangle de la pyramide de Maslow aux mains du capitalisme đ€©
Et Ă propos du coĂ»t dâune semaine jeune & rando, nâest ce pas le propre du business/marketing que de vendre la valeur apportĂ©e et non pas le produit lui-mĂȘme ?
Et donc lâanalyse que jâen ferais câest que si des gens sont prĂȘts Ă payer autant pour du « vide » câest quâils ne sont plus en mesure de se lâoffrir par eux-mĂȘmes et que cela leur apporte une valeur Ă©norme.
"DĂ©bourser prĂšs dâun demi SMIC pour marcher dans la forĂȘt, ne rien manger et boire de lâeau du robinet ?" -> j'espĂšre que les sites que tu as trouvĂ©s vont reprendre ça sur leur Homepage, c'est magnifiquement bien rĂ©sumĂ© đ